COMMUNIQUÉ: “La gratuité c’est ben trop cher, on mérite salaire!” Les étudiant-es manifestent pour la pleine reconnaissance de leur travail

COMMUNIQUÉ

“La gratuité c’est ben trop cher, on mérite salaire!” Les étudiant-es manifestent pour la pleine reconnaissance de leur travail


Tiohtià:ke (Montréal, territoire Mohawk non cédé), 2 novembre 2016 – À l’appel du Comité unitaire sur le travail étudiant (CUTE) de l’UQAM, une centaine d’étudiantes et d’étudiants prennent part à un rassemblement cet après-midi devant les bureaux montréalais du Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale pour réclamer la reconnaissance pleine et entière du travail étudiant, ce qui implique des conditions d’études convenables et un salaire.


Depuis plusieurs années, des étudiantes et des étudiants en enseignement demandent qu’on les paie pour la prise en charge complète d’une classe durant leur quatrième et dernier stage. Cet automne, des doctorants et doctorantes en psychologie font la grève des stages et de l’internat pour réclamer une compensation financière durant ce dernier. Il s’agit d’une première du genre pour le mouvement étudiant; il est temps de leur emboîter le pas et d’exiger non seulement la rémunération de tous les stages dans tous les programmes d’étude, mais également la reconnaissance du travail intellectuel qu’implique l’éducation postsecondaire. Nous réclamons que les stages et la formation soient globalement soumis à la Loi sur les normes du travail, notamment en ce qui a trait au salaire minimum.


« On parle beaucoup du 15$ de l’heure ces jours-ci, or la principale raison qui fait en sorte que les étudiants et étudiantes soient précaires, c’est que notre principale occupation n’est presque jamais reconnue en tant que travail, » affirme Thierry Beauvais-Gentile, étudiant en intégration Web au Collège de Maisonneuve et futur stagiaire. « Notre travail n’est pas reconnu en bonne partie en vue de faciliter notre usage par les entreprises comme main-d’œuvre bon marché. La meilleure manière de se battre pour une hausse du salaire minimum, c'est de réduire l'offre en cheap labor en nous battant en front uni pour un salaire étudiant et pour les droits des travailleuses et travailleurs migrants. »


Au rassemblement, on peut lire « L’exploitation n’est pas une vocation » et « On devrait nous payer pour étudier » sur les bannières de tête. Devant la foule, Geneviève Vaillancourt, permanente socio-politique du Comité de soutien aux parents étudiants de l’UQAM et militante du CUTE-UQAM, s’attriste du sort des mères aux études : « Avec des enfants à charge, la somme des heures de travail non rémunérées à la maison comme à l’école rend quasi impossible aux parents étudiants d’exercer en plus un travail moyennant salaire qui leur permettrait un semblant d’autonomie financière. Cette situation augmente la probabilité de devoir alors se placer sous contrôle de ses propres parents ou de son conjoint. » La reconnaissance du travail des stagiaires par l’entremise d’un salaire permettrait ainsi à ceux et celles qui, présentement, donnent leur temps gratuitement à divers employeurs d’avoir plus de pouvoir sur les trop nombreuses situations de violence sexuelle, de harcèlement et d’abus en tous genres vécus dans le cadre de leur formation.


Valérie Simard, étudiante en enseignement présentement en stage et impliquée au CUTE-UQAM, ajoute que « les stages non rémunérés sont monnaie courante dans les professions traditionnellement et majoritairement occupées par des femmes. C’est bien connu: pour être enseignantes, infirmières, travailleuses sociales, sages-femmes ou éducatrices spécialisées et à la petite enfance, pour n’en nommer que quelques-unes, il faut avoir la vocation et une propension naturelle au don de soi. Nous ne voulons plus de ces conditions précaires, supposément normales pour les femmes, qui sont l’équivalent de devoir payer pour travailler. » Selon la Canadian Intern Association, on compte qu’environ 200 000 stages crédités sans rémunération ont cours chaque année au Canada, et quelque 300 000 stages effectués après les études, une quantité énorme de travail gratuit pour les entreprises et organismes au Canada.


Les nouveaux Comités unitaires sur le travail étudiant (CUTE) sont des groupes autonomes présents dans différents établissements d’enseignement postsecondaire créés dans le but d’obtenir juste reconnaissance pour le travail étudiant. Ils préconisent, entre autres, la grève des stages comme moyen d’action inédit pour le mouvement étudiant. La mobilisation des CUTE se poursuivra toute l’année durant, entre autres en consolidant leur présence sur les différents campus et via une manifestation lors du Rendez-vous national sur la main-d’oeuvre organisé par le gouvernement Couillard à l’hiver 2017.


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Renseignements: Thierry Beauvais-Gentile, 514-995-7052, cute.travail@gmail.com.