Communiqué face au Coup d’État institutionnel au Brésil

Montréal, 12 octobre 2016
Communiqué face au Coup d’État institutionnel au Brésil

Le Comité pour les droits humains en Amérique latine est né en 1976 suite aux coups d’État au Chili et en Argentine, en réponse aux nombreuses violations des droits humains des populations commises par les gouvernements putschistes. En tant qu’organisme qui suit et appuie divers mouvements sociaux d’Amérique latine, nous tenons à exprimer notre profonde préoccupation et consternation suite au coup d’État parlementaire confirmé le 31 août dernier au Brésil contre le gouvernement élu de la présidente Dilma Rousseff, représentante du Parti des Travailleurs.

Ce qui se passe actuellement au Brésil ne peut que nous rappeler cette vague de droite dans les années 1970 qui, à travers des coups d’État, cherchait à mettre un frein aux vents de changements qui se faisaient sentir dans le Cône Sud, propulsés par les mouvements sociaux, les groupes organisés et les travailleurs et travailleuses.

Aujourd’hui, le Brésil subit de nouveau une attaque provenant des secteurs les plus conservateurs et de l’élite de la société brésilienne. Cinquante-deux ans après le coup d’État militaire de 1964 qui a mis en place une dictature qui a duré 21 ans, les brésiliens et brésiliennes font, une fois de plus, face à un coup d’État, cette fois institutionnel, orchestré par le Congrès depuis le mois de mai dernier et ayant pour but d’instaurer un agenda néolibéral de privatisations et de recul des avancées au niveau social obtenues grâce à des années de luttes et de mobilisations de la population. Bien qu’il soit inéligible à la présidence suite à une condamnation judiciaire pour dépassement excessif de dons de campagne (1), Michel Temer occupera la présidence par intérim jusqu’aux prochaines élections de 2018, malgré le taux extrêmement bas d’approbation de la part de la population (2).

Le coup actuel a été le produit d’un travail de désinformation et de diffamation de la part des grands médias brésiliens, subventionnés directement ou indirectement par des partis politiques (3). Les auteurs de ce coup, défini par plusieurs comme étant misogyne, ont axé leur poursuite contre Dilma Rousseff sur des accusations machistes largement reprises par les médias, des propos déplacés et un mépris basés sur son genre, ce qui a vivement été dénoncé par les mouvements sociaux, la population brésilienne et la communauté internationale. Cette vision rétrograde s’illustre bien par l’équipe formée par Michel Temer, composée exclusivement d’hommes blancs, dont 60% d’entre eux sont accusés au niveau judiciaire de graves actes allant de la corruption à la fraude électorale, le kidnapping, l’homicide, l’esclavagisme ou la déforestation illégale (4).

Dès le début du processus d’impeachment contre Dilma Rousseff, ce sont les programmes sociaux s’adressant aux groupes les plus vulnérables, du point de vue économique et social, comme les femmes, les populations noires, les paysan.ne.s, les autochtones ou les groupes LGBTQ, qui ont été les premiers à subir les coupures budgétaires ou qui ont tout simplement été éliminés. D’ailleurs, dès les premiers jours suivant le coup, le gouvernement putschiste, à travers son plan d’austérité, avait déjà commencé à démanteler le code du travail (5), notamment en proposant l’augmentation de la journée de travail à 12h par jour, en plus de réduire les dépenses publiques, en éducation et en santé, entre autres, et de mettre en place une politique de criminalisation des mouvements sociaux et populaires, et de répression des travailleurs et travailleuses, des peuples autochtones, des minorités raciales et sexuelles, des femmes et des jeunes. Cet agenda néolibéral, nommé “Plan pour le futur” avait été présenté par le passé au gouvernement de Roussef qui l’avait rejeté. L’opposition à ce plan serait une des principales raisons de la destitution de Dilma Roussef, selon une entrevue donnée par Michel Temer le 22 septembre dernier (6).

La vague de privatisation déjà annoncée par Temer, avec la vente de 32 concessions et projets nationaux, compte s’attaquer principalement au secteur énergétique, plus particulièrement à l’industrie du pétrole actuellement gérée par l’entreprise nationale Petrobras, et à l’industrie électrique, également nationale, ouvrant la porte aux investissements des entreprises transnationales au Brésil (7).

Dans les dernières semaines, des milliers de personnes se sont manifestées dans de nombreuses villes à travers le Brésil suite à l’appel des organisations populaires en faveur de la démocratie et contre le coup d’État. Actuellement, des travailleurs et travailleuses, des mouvements paysans, des jeunes, des syndicats et des milliers de familles manifestent dans la rue et se mobilisent afin de dénoncer ce gouvernement illégitime. Les manifestations ont été fortement réprimées par la police militaire, laissant plusieurs blessé.e.s dont une jeune manifestante qui a eu l’oeil crevé par un projectile policier (8). La répression armée s’est également fait sentir dans les zones rurales, notamment dans un campement du Mouvement des affecté.e.s par les barrages-MAB, dans la région de Baixo Iguaçu où les agriculteurs et agricultrices qui défendent leurs droits en tant que personnes affectées ont été violemment attaquées par une escouade armée de la police militaire, avec un bilan de plusieurs personnes blessées et hospitalisées (9).

Considérant cette situation, nous tenons à exprimer notre solidarité et notre appui au peuple brésilien, à nos camarades du Mouvement des personnes affectées par les barrages et à tous les mouvements sociaux afin de dénoncer le coup au Brésil.

Nous exhortons le gouvernement canadien à prendre une position claire de dénonciation de cette prise de pouvoir illégitime par un coup d’État parlementaire orchestré par Michel Temer et son équipe, et de remettre en question ses investissements et sa collaboration avec l’État brésilien dans sa composition actuelle.

1.http://www.tvanouvelles.ca/2016/08/29/dilma-rousseff-denonce-un-coup-detat-a-son-proces-en-destitution
2.https://theintercept.com/2016/09/11/as-vaias-ao-presidente-e-a-operacao-passa-pano/
3. https://rsf.org/en/news/brazil-falls-press-freedom-index-now-104th
4.http://www.nytimes.com/2016/04/15/world/americas/dilma-rousseff-targeted-in-brazil-by-lawmakers-facing-graft-cases-of-their-own.html?_r=0
5.http://www.liberation.fr/planete/2016/09/04/michel-temer-le-restaurateur_1482842
6.https://theintercept.com/2016/09/23/brazils-big-media-ignores-temers-confession-except-estadao-columnist-who-falsely-claimed-video-was-altered
7.http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/09/17/le-gouvernement-bresilien-tend-la-main-au-secteur-prive_4999275_3234.html
8.http://www.lapresse.ca/international/amerique-latine/201609/06/01-5017658-bresil-polemique-apres-des-manifestations-violemment-reprimees.php
9.http://www.mabnacional.org.br/noticia/tr-s-atingidos-por-barragens-s-presos-pela-pm-no-paran-0

Contact: Amelia Orellana, responsable des actions urgentes, Comité pour les droits humains en Amérique latine, 438-827-0656, solidared@cdhal.org